Adélie Martin


SCIENCE-FICTION

 

Je suis encore une adolescente et, pour moi comme pour ceux de mon âge, la nuit est comme un grand terrain de jeu. Le monde se vide et se plonge dans l'obscurité, les limites disparaissent, les émotions sont exacerbées. La nuit donne le sentiment d'être caché, à l'abri des regards. Quand je mets en scène mes amis ou des lieux sous de violentes lumières de couleur, j'essaie de créer une atmosphère, d'utiliser la nuit pour faire de situations banales, des scènes étranges, qui questionnent. Je prends des photos dans des lieux qui me laissent le plus de liberté, à l'extérieur, dans la forêt, les champs. Le vide laisse place à la créativité, il devient ce que je le laisse devenir. Comme si chaque image était issue d'un film, elles dégagent des émotions, parfois de la colère, ou de l'inquiétude. Ainsi des pistes narratives se créent et elles ne trouveront de suite que dans l'imaginaire des spectateurs. D’elle-même la nuit est propice à l’imaginaire, encore plus à la mise-en-scène. D’un coup de flash, on n'éclaire que ce qui a du sens, tandis que l’obscurité fait disparaître le reste. Ce qui n’est pas visible cesse d’exister dès lors qu’il n’y a plus d’image pour en témoigner. Ainsi, partiellement illuminé de couleurs surnaturelles, le réel se transforme. Il devient un monde imaginaire, un univers de science-fiction.